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La Conservation et la collection des films Cinematographe.org Ce texte est principalement destiné aux collectionneurs de films argentiques et aux ciné-archivistes les plus curieux.
Nous
vivons une époque de transition dans l'histoire du cinématographe
et l'abandon du support film argentique, qui entrait dans la
définition même du vocable " cinématographe
" ; elle s'effectue (au moins déjà concrètement
par le biais de l'étalonnage) au profit de nouveaux supports
numériques et une dématérialisation du
film dans le cadre de la convergence média. [Voir
la page dédiée à cette question] La matérialité du support film renvoie à la technique, au concret, aux matériaux (par ailleurs périssables) et pour certains à des problématiques " vulgaires " comparées aux questions esthétiques et historiques qui sont pourtant le fruit des contraintes et des possibilités liées au dispositif cinématographique. Sans la matérialité du film, sans ses possibilités et les contraites technologiques et les informations enregistrées sur un support (même numérique), il n'y a pas d'images et pas de film (ce que certains ne semblent toujours pas comprendre). Le film, qui est de plus en plus perçu comme un simple "produit " doit aussi rester une œuvre d'Art accessible, ce à quoi peuvent aider ces collections. Les collectionneurs de films de cinéma (photochimique / argentique) sont aujourd'hui moins nombreux avec la vidéo et spécialement le développement de la vidéo-projection ou du DVD ou du Blu Ray mais ils possèdent parfois des milliers de films, des centaines d'appareils des plus petits formats au 70 mm ! Il sont les gardiens d'une part non négligeable de notre patrimoine qui, si on en prend soin, peut être pérenne. N'oublions pas, que s'il n'y avait pas eu des collectionneurs pour les sauver du pilon (des haches puis des bains de solvant) nombre d'œuvres il n'y aurait pas, dans la plupart des cas, de cinémathèques ou de centres d'archives cinématographiques. A toutes ces époques, des opportunités ont existé pour récupérer des films des gémonies pour ceux qui en avaient la volonté ! Ci dessus la cartouche LTO et le Blu Ray de ma fille Charlotte à l'attaquent le 35mm de papa Batfred. (zoom) Il faut aussi se souvenir que, jusqu’aux années 1970, le support film était le seul moyen pour eux de disposer d’un film et avait à ce titre un usage "fonctionnel". Depuis la situation a évoluée et avec le cinéma Digital, le film prend des formes dites "immatérielles" via des fichiers vidéo sur des disques durs et le support argentique devient pour beaucoup un objet obsolète... donc assimilé à une "antiquité". Cette page axée sur les problèmes de conservation des supports est faite pour eux (et ceux qui veulent débuter) en appui au Club du Cinématographe (créé en octobre 2003) des associations comme l'A.L.I.C.C (L'Agence de Liaison Inter-Collectionneurs du Cinéma) qui existe depuis 1987 et de ma thèse de doctorat en novembre 2009 sur la question des collections privées de films en support argentique en France. Elle s'inscrit aussi comme un complément à la visite virtuelle de la collection de Jeannot et mes autres pages sur le cinéma. Ci dessus un projecteur Pathé Kok 28 mm de 1912 qui est à l'origine du cinéma pour les amateurs. (zoom) I) Généralités et fonds institutionnels - L'histoire du cinéma ressemble malheureusement à une gigantesque rubrique nécrologique. L’histoire de la « patrimonialisation » du film, s’est, faite lentement depuis 1898 et Boleslaw Matuszewski photographe polonais qui, de France, dans son texte Une Nouvelle Source de l'histoire émit l’idée de conserver les films. Les aléas de la conservation des films dans le cadre de l’industrie du cinéma ont abouti à ce qu’un nombre considérable de films ait disparu et la première cause est non pas la destruction chimique des supports mais les vagues de destruction (recyclage des matériaux, accidents, etc.) qui ont été nombreuses depuis les origines du cinéma. Contrairement à une idée reçue, la première cause de disparition des films n’est pas la dégradation chimique des supports mais l’indifférence et les destructions volontaires. L'histoire
est ainsi émaillée de vagues de destruction du
support film considéré comme objet périmé
(en 1908 première vague de destruction pour récupérer
les sels d'argent, 1925 à cause de l'invention de la
pellicule panchromatique, 1930 avec le parlant, la crise économique
et la chute de fréquentation, la guerre avec la récupération
du film comme matériaux à la fonte (25 francs
de l'époque du kg), puis, dans une moindre mesure, après
la couleur ou les formats larges, etc. En 1959, il est interdit
en France aux producteurs et distributeurs de conserver des
films en nitrate (fabriqués jusqu'en 1953) d'où
une "vidange" rapide avec un grand nombre de destructions
à la clef pour s'en "débarrasser".
Ci
dessus 4 des supports les plus connus aujourd'hui par le grand public
pour la diffusion les films : Des réseaux de centres d’archives de films, des bibliothèques du cinéma et donc des "cinéma-thèques", se sont développés tout d’abord comme lieux de connaissance, comme pour les premières cinémathèques éducatives des années 1920 avec des films ayant valeur de documents, pour devenir par la suite la mémoire d’un Art. La création de la Fédération Internationale du Film en 1938 a donné une impulsion mondiale à cette préoccupation . Une dernière vague de création de cinémathèques régionales ou thématiques est depuis en cours à l’instar, par exemple, de Centre Images pour la région Centre, qui participe à un maillage du territoire français de plus en plus complet avec certainement une centaine de centres d’archives de tailles diverses mais trop souvent méconnus les uns des autres. Une
évaluation de 1989 réalisée par la
La situation s'est semble-t-il améliorée depuis ce rapport avec d'une part une certaine réussite du plan "Nitrate" pour les films des premiers temps et un dépot légal (pour la France) plus exhaustif à partir de... 1994. Beaucoup de films, pour diverses raisons (édités à moins de 6 copies, sortis avant 1977 et pas archivés, méprisés comme les films institutionnels ou bien sûr les films de famille, etc.) ont échappé au système qui par ailleurs ignore royalement les collections privées. Seulement 35 à 40% de court-métrages ont été déposés début 2008 au dépot légal depuis le début des années 1990. Il reste un grand nombre de films, par exemple, des années 1970-1980 ou des films institutionnels qui sont menacés car n'ayant intéréssé que trop peu d'archives comme certains documentaires, etc. De par l'importance de la production cinématographique et audiovisuelle, le problème est un puits sans fond. Selon une étude de l'U.N.E.S.C.O le patrimoine audiovisuel mondial (sans les films "amateurs") était estimé autour de 200 millions d'heures en 2005 dont 80% menacé d'ici 10 ans (surtout en fait la vidéo sur support magnétique). Ci dessus un stock de K7 magnétiques 1 pouce du CNDP sur le site de Montrouge avant le déménagement de 2010. (zoom) De nos jours, "l'incendie" de cette grande partie de notre patrimoine culturel est donc diffus mais certainement d'une ampleur comparable dans le domaine du film (dont on sait l'importance qu'il occupe dans l'histoire et la culture contemporaine) puisqu'en 2010, un français (de plus de 5 ans) regardait la télévision en moyenne 3 heures 42 minutes par jour ! La situation ressemble à la gravité de l'incendie de la grande bibliothèque d'Alexandrie (en 47 av JC) mais d'une façon plus diffuse et invisible. Cela est d'autant plus vrai que beaucoup de films sont d'ailleurs en support unique (comme en 2005, au moment du lancement d'un grand programme de numérisation, 80% des films de l'I.N.A. (l'Institut National de l'Audiovisuel). Signalons que de nombreuses cinémathèques régionales se sont faites jour comme en 1986 la Cinémathèque de Bretagne ou des cinémathèques thématiques. Il existe en France des centaines de structures méconnues où l'on peut trouver des films argentiques. Il ne faut pas oublier que c'est principalement à des collectionneurs comme Henri Langlois que l'on doit sur leur propre initiative (privée) la fondation de la Cinémathèque française en 1936 (dont les nouveaux locaux du "51 rue de Bercy" sont ouverts depuis la rentrée 2005). Les
institutions comme la Cinémathèque française
(dont le stock principal de copies est au fort de Saint-Cyr)
ou les A.F.F (Archives Françaises du Film) du
C.N.C (au Fort de Bois d'Arcy) se sont lancées dans de
grands programmes de restauration et de sauvegarde du patrimoine
filmique. Comme particulièrement le "plan Nitrate"
qui visait à sauver les films sur ce support (inventé
en 1887-1889 par Hannibal Goodwin), c'est à dire tous les
films en 35 mm sortis avant les années 1951-1953. Ce
support qui est hautement inflammable (son autre nom est d'ailleurs
le "film flamme" à cause d'un de ses composants :
la "nitrocellulose" qui composait aussi les explosifs)
s'autodétruit avec le temps pour devenir irrécupérable
et ce même dans de bonnes conditions de stockage.
Ci dessus démonstration de l'inflammabilité d'un bout de film en support nitrate. Il s'agit donc d'un support 35 mm d'avant 1953. Ci dessus un film nitrate après décomposition (zoom possible) vu dans un collège qui avait muré sa cabine de projection depuis des décennies. Ci
dessus le type de spectacle que j'ai connu lors d'un passage
fin 1999 à l'E.C.P.A. (à
l'époque "Établissement Cinématographique
et Photographique des Armées") parmi les films du
Service de Santé des Armées de 1916 à 1923
sur lesquels j'ai travaillé (en
particulier sur la syphilis
et les troubles psychiques liés à la première
guerre). Une société privée française connue : Lobster films participe à la sauvegarde des films anciens avec une indéniable efficacité en partie due à la médiatisation des manifestations qu'elle organise comme les soirées et l'édition des DVD "Retour de flamme". Elle coordonne une initiative europénne Europa Films Treasures qui propose des films restaurés gratuitement en ligne. (Site web auquel j'ai collaboré en 2009 pour des textes et définitions - voir la page pro). Ci dessus un film nitrate en pleine "détente" à l'acétone ! Sous la même forme une alternative (en bocal) est utilisé sous le nom de "dessicateur" (avec de la silice qui absorbe l’eau et stoppe ainsi le d’acide). (zoom possible). Quid de la conservation des films dits "Safety" ? La
prise de conscience est tardive et malheureusement encore très
incomplète. Le problème de la conservation "d'images animées"
(donc aussi de la vidéo) doit nous faire agir pour que
nos enfants, dans le futur, n'aient pas à restaurer les films
que nous n'aurons pas pu, par manque de moyens et de volonté,
sauvegarder correctement dès aujourd'hui. Combien de films "anciens"
sont par ailleurs conformes à la copie originale du fait de
transferts de support souvent approximatifs ? Le 35 mm est devenu dans les années cinquante "Safety", c'est à dire "ininflammable" (à l'instar des petits formats dits "sub-standards" comme le 17,5 mm, le 16 mm, le 9.5 mm, etc. depuis 1912 et le lancement du Pathé "Kok" de 28mm). Le support film de "sécurité" ne présente donc aucun danger à la manipulation et est beaucoup plus stable chimiquement car en Acétate (di acétate fabriqué de 1922 à 1957 puis tri-acétate) mais le syndrome du vinaigre peut l'affecter. Celui-ci est en train de devenir une priorité et est d'ailleurs au moins aussi important que le Nitrate. Ce syndrome du vinaigre est lié à la présence d'acide acétique, qui s'évapore jusqu'à un point "autocatalytique" et la destruction totale est alors inévitable en quelques années (il semble que les films édités entre 1960 et 1975 soient plus sensibles au processus). Un manque d'aération, une forte humidité ambiante et des variations de température (avec des températures élevées) semblent déclencher le processus. L'ECPAD a pris (comme j'ai pu le constater lors d'une visite en octobre 2006) le problème à bras le corps en lançant la construction de nouveau locaux fortement réfrigérés et en plaçant des bandes pH dans les boites présentant les premiers signes de la pathologie, ainsi que des cateurs. De nombreuses cinémathèques font aujourd'hui de même. Ci dessus un détecteur interrogeable à distance via un ordinateur (zoom possible.) Du côté de l'émulsion (l'image), si le Noir et Blanc est bien sur très stable, les films couleur virent, même insensiblement, dès 6 ans de stockage sauf dans des cas particuliers comme le "Technicolor historique" dont le dernier film utilisant un positif de cette nature a été en Occident The Godfather: Part II de Francis Ford Coppola en 1974 (outre les tirages couleurs de Chine Populaire jusqu'en 1993). Dans une moindre mesure c'est aussi vrai pour le Kodachrome à la production arrêtée en 2006-2009 par Kodak. Un groupe de travail commun réunissant les archives du film, des professionnels de l'image et la C.S.T (Commission Supérieure Technique), s'est penché fin 1996 / début 1997 sur la question des problèmes de conservation des vieux films "Safety": vieillissement de l'émulsion, décrochage des couleurs, etc. Il est indiscutable que le problème est encore assez mal méconnu dans les détails du procesus. L'attention des professionnels et du public se porte quasi exclusivement pour le moment sur les "plans nitrate", comme celui du CNC en France, relayé par une politique de valorisation et de diffusion des cinémathèques des premiers films du cinéma. C'est déjà une chose, mais ne vaudrait-il mieux pas "prévenir que guérir" ? A partir des années 1960 pour certains fabriquants (spécialement de pellicules Super 8) mais surtout depuis les années 1985 le support polyester (téréphatalate de polyéthylène) l'a progressivement remplacé. Depuis 1997, toutes les copies sont sur ce support qui est si résistant que pour les négatifs la marque kodak reste en support tri-acétate pour ses négatifs qui pourraient abimer les griffres des caméras. Il présente de grandes qualités mécaniques et une excellente stabilité (on parle même d'une conservation du support entre 500 et 1000 ans) mais ne résout toujours pas les problèmes de conservation de l'émulsion. Selon certaines "mauvaises langues" c'est même un problème qui s'aggrave de par la nature de plus en plus "consommable" et industrielle des dernières copies actuelles avec un standard de qualité à la baisse (en particulier depuis l'arrivée du numérique). Il me semble, comme à d'autres collectionneurs, que ce support séche vite et devient collant... Alors ?! Le numérique bien sûr est aussi devenu un moyen de conservation des films (après avoir facilité entre autres leur restauration) mais cela n'est pour le moment valable (dans l'absolu) que très partiellement. Pour le moment, je rappelle que le seul support pérenne pour la conservation des films est toujours le 35 mm en support polyester et aucune instance internationale comme la F.I.A.F. (la Fédération Internationale des Archives du Film) ou l'U.N.E.S.C.O. n'a encore désigné un support numérique capable de la même performance. Un travail de restauration, voire de reconstitution d'une partie des "photogrammes" manquants ou abîmés peut être indispensable pour que l'œuvre puisse à nouveau être montrée au public. Pour les films sonores, il faut souvent restaurer le son, les couleurs et.. en numérique tout est plus facile même si.. Comme vous pourrez le lire en détail sur les autres parties du site qui comparent les supports argentiques et numériques, aujourd'hui, il n'existe toujours pas de moyens de réaliser (économiquement) une sauvegarde à qualité égale (c'est à dire sans pertes dues à un transfert de support qui n'est jamais neutre). Photogramme d'une copie 16 mm dont l'émulsion a été fortement endommagée par un champigon (zoom possible.) Si les moyens existent d'une reproduction 100% fidèle, elle est encore inaccessible et beaucoup de restaurations sont effectuées dans une définition (résolution) et des réglmages trop proches de la Télévision Haute Définition (TVHD / HDTV), en particulier dans l'optique de l'exploitation en "D-cinema" (cinéma numérique). C'est dommage car c'est une "vision" au rabais de ces films et même si je concède que c'est mieux qu'un DVD classique, c'est une image d'une autre nature (car vidéo). Si tout va très vite dans l'accélération des progrès techniques.. parfois la technologie n'est pas aboutie et par exemple beaucoup de restaurations numériques effectuées les années passées en SD (Standard Définition en vidéo) ou même en 2K (en HD et TVHD) sont à refaire avec l'arrivée du Blu-Ray ou du 4K en salle. Il en va de même, bien sur, pour l'édition vidéo (y compris via lnternet) car il va falloir refaire, encore et encore, la grande majorité des télécinémas à partir d'images en "qualité argentique". En outre, pour des raisons plus industrielles (contrôle de la diffusion et économies) que qualitatives, dans ce futur proche, il ne fait aucun doute que le support film soit amené à disparaître et il se pourrait, comme cela arrive déjà (et pas qu'aux USA), que certains films ne soient plus accessibles que via des technologies de vidéo actuelles. Ci dessus ma petite collection de supports vidéo d'une bande 2 pouces en passant par l'UMATIC, le V2000, la Betacam Sp, un laserdisc, une V8, un HD DVD, etc. (zoom) Il serait inconcevable, alors que de nouveaux moyens technologiques permettent d'espérer une parfaite stabilité de conservation des films dans un futur proche, qu'une politique vigoureuse et systématique ne soit pas prise, dès aujourd'hui, pour préserver les images du présent "film et vidéo" ou de notre passé proche dans une vraie Haute résolution à la hauteur des performances du film photochimique / Argentique. Dans certains cas comme pour l'INA, il est très logique que le numérique supplante l'analogique sans attendre le report sur support film de la vidéo pour sa conservation (puisque la TV se tourne en grande partie en numérique). En numérique, il n'y a pas (en gros) de pertes lors des copies mais pour les films de cinéma, c'est une autre affaire. Même si le film 100% argentique est en train de disparaître par l'étalonnage numérique (actuellement généralement en 2K en France et en 4K pour les grosses productions américaines) ou les tournages en numérique (de plus en plus en 4K après une tragique période de transition), il est quand même dommage du point de vue patrimonial de griller les étapes ou simplement oublier qu'un film d'archive existe nativement sous une forme différente. De nombreux employés ou même de cadres de certaines cinémathèques n'ont aucune connaissance dans le domaine des supports (même si celà s'arrange via des formations comme celles que je dispense à l'INA).. Et sont parfois comme "une poule devant un couteau" si on leur montre une copie de film (spécialement dans un format un peu rare) ! Comment a-t-on pu en arriver là même si l'arrivée constante de nouveaux supports se juxtapose avec de nombreuses technologies d'enregistrement anciennes. Dans le même registre, jai été, jusquà présent, très souvent saisi devant lignorance ou au mieux la "circonspection" de nombre dacteurs du monde officiel des archives cinématographiques, des programmateurs, des distributeurs et même des ayants-droits vis à vis des collectionneurs ! D'où mes effeorst sur le sujet et mon thème de recherche. Jai
voulu comprendre, pourquoi on en était arrivé
à la situation actuelle: les collectionneurs [significatifs]
de films argentiques restent souvent en marge de la prise de
conscience institutionnelle des problèmes de conservation
du support film. Ces collectionneurs privés.. «
individuels » sont, pourtant , de fait, de façon
cumulée, les gardiens dune part non négligeable
du patrimoine audiovisuel.. D'où mes recherches !
Ci dessus l'ancêtre de la K7 vidéo : la K7 film avec du Super 8 utilisé pour ce modèle dans les forums d'exposition dans les années 1970 ! Un objet très courant en son temps qui est devenu une rareté aujourd'hui. Souvent considérées comme vieillottes, ou avec mépris, les copies "argentiques"/"photochimiques", bien avant les ravages du temps continuent de disparaître, dans un pays si fier de ses "archives du film" et de son patrimoine. Certains types de films considérés comme secondaires sont plus concernés que d'autres. S'il y a 40 ans, les films se retrouvaient souvent sur les trottoirs ou dans les poubelles (dans l'indifférence générale), c'est bientôt peut-être de grandes quantités de films argentiques qui vont les rejoindre à nouveau avec déjà des milliers de projecteur (surtout depuis 2010/2011) ! Comme d'habitude, il n'y aura pas que des copies multiples mais de petits films uniques (même de famille) témoignages d'époques révolues. Des tonnes de copies de films sont encore régulièrement détruites au delà de la réglementation qui l'impose comme pour le 35 mm après exploitation commerciale. Il s'agit en théorie de copies multiples mais des incidents peuvent aboutir à ce que la raréfaction des copies "complique" leur accessibilité et qu'un nombre très réduit de copies conservées ne devient nul au 1er incident venu. Ces destructions ont aussi pour but de forcer les utilisateurs à passer par la vidéo au regard d'une demande de plus en plus faible pour les "copies de prêt en support photochimique" et de libérer de l'espace dans des centres d'archives encombrés. Par exemple en 1996 le C.N.D.P (Centre National de Documentation Pédagogique) (où j'ai fait un petit séjour à Montrouge en 1997) et l'ECPA en 2000 (après mon passage en 1999) ont détruit des tonnes de films même si dans ces cas le geste était motivé par ce qu'on pourrait qualifier d'une politique "pragmatique" liée au changement de statut de l'établissement (qui est devenu un Etablissement Public Administratif) et à la perspective de l'abandon de l'argentique comme moyen de diffusion, de communication ou de production (en 1992 pour le CNDP et en en 2003 pour l'ECPAD). Cependant un film, quel qu'il soit (même un positif), devrait être considéré comme un document unique jusqu'à preuve du contraire ! Ils participent même dans le cas des films amateurs à la sauvegarde de la mémoire collective. Le film amateur est de plus en plus receuilli et valorisé par les centres d'archives régionaux comme depuis 1986 la Cinémathèque de Bretagne ou depuis 2006 Centre Images (qui dispose d'une très belle infrastructure à Issoudun). De nouveaux émergent comme la Cinémathèque d'Auvergne et ils auront un rôle important à jouer pour sauvegarder notre mémoire collective.
Un de nos films de famille sur le battage des blés vers 1964 au Maroc Certaines grosses entreprises commencent d'ailleurs, avec cynisme, à prendre conscience de la valeur patrimoniale de ces images, qui les concernent mais qui ne les intéressaient plus, pour meubler leurs sites vitrines sur le "web 2.0" par exemple mais quelle soit morale ou finacière... Ce qui compte c'est que la motivation à sauver les films existe. Les pertes accidentelles existent aussi comme, par exemple, pour la seule Cinémathèque française : l'incendie des entrepôts de films au Pontel en août 1980 avec 80 000 bobines (soit entre 7000 et 12 000 films dont beaucoup de négatifs originaux) ou, plus récemment, pour le "non film", l'innondation du musée du cinéma au Palais de Chaillot en 1997 et un incendie à la Bifi le 28 janvier 2002 plus de 13 000 cartons d’archives stockés… Gaumont-Pathé archives ayant connu également il n'y a pas si longtemps une innondation ayant porté atteinte aux négatifs originaux d'un film très connu. A l'étranger, comme en allemagne des incidents du même ordre ont eu lieu. Les accidents sont juste une question statistique (ce dans tous les domaines) et ils sont avec le temps quasi inévitables. Les collectionneurs de cinéma sont donc aussi, même avec de simples positifs, une sécurité de plus pour un système qui a tendance à regrouper tous les oeufs dans le même panier (par exemple pour une grande part des négatifs français sur un seul site dans l'Yonne chez un prestataire privé). Ci dessus mon ami et partenaire de Ciné de papa Bruno Bouchard en train de "creuser" dans un fonds en plein air (zoom possible)
II) Amis collectionneurs, les raisons de continuer ! L'arrivée de la télévision (surtout à partir des années 1960 en France), puis à la fin des années 1970 l'arrivée du magnétoscope dans les foyers ont concurrencé le support film. Les ciné-clubs (alors en en vogue) ont dans leur grande majorité aujourd'hui disparu et avec eux un certain esprit cinéphilique, une certaine fétichisation et magie prêtée au support photochimique. L'arrivée du "Cinéma numérique" annonce une nouvelle ère où le "cinéma" (vocable dérivé de la technologie du "cinématographe") va être détaché du support qui fut le sien pendant plus d'un siècle ! Certes, beaucoup d'entre vous ont choisi de passer à la vidéo, avec la démocratisation de la vidéo projection depuis les années 1990 et l'arrivée du DVD à partir de 1997. Mais d'autres font toujours du 70 mm ou on voulu reconstituer le dispositif cinématographique jusqu'à recontituer ou posséder une salle conforme à leurs rêves de cinéma ! Ci dessus un bobino de 16 mm à coté d'une bobine de 70 mm (zoom possible). Le déclin de la collection de films s'est donc amorcé avec la concurence de la vidéo et et petit à petit l'arret de la location-vente mais aussi des prêts (dans les ambassades ou les ministères par exemple) alors que les moyens de trouver des films étaient pécédement nombreux de même que les catalogues. Il est par exemple curieux de se dire que, dans le cadre de séances non commerciales, certains films qui étaient prêté gratuitement en 16 mm (comme ceux de l'Office National du film du Canada) sont aujourd'hui hors de prix. Les moyens de se procurer des films ont été et sont encore nombreux aujourd'hui de la salle des vente aux petites annonces sur Internet en passant même par les saisies de douanes. Dans la pratique, il fut possible de trouver des films d'édition (pour les amateurs) en France au moins jusqu'en 1977 pour le 16 mm et jusqu'en 1993 pour le super 8, sans parler de la liquidation des stocks et l'occasion jusqu'à nos jours. Een Grande-Bretagne pour le Super 8 et le 16 mm il était possible de trouver des copies neuves en format sub-standard jusque vers 2010. La disparition
progressive des officines spécialisées dans la
location-vente des films argentiques (Gayout, Goulard, Shaffar,
jusqu'à Nouchy avec Occafilms en 2001) a modifié
la nature des échanges plus orientés vers Internet
(dont e bay) et les foires (bien qu'il existe encore au moins
deux marchands en France début 2012 dont "La Bande
des Cinés" à Paris). Ci dessus puclicité de la fin des années 1950 pour la première officine du genre jusqu'aux années 1980 (zoom possible). Collectionner
dans notre pays (1er pays au monde en nombre de lois et règlements)
où tout est interdit jusqu'à preuve du contraire,
est chose difficile, spécialement depuis l'arrivée
de la vidéo, car la peur de la diffusion massive préoccupe
les ayants droits ou les pouvoirs publics (qui ne semblent plus
connaître et légiférer qu'à partir
de la vidéo.. et du Peer to Peer aujourd'hui d'ailleurs
en voie de disparition). Pour la plupart des films en format sub-stardard la loi est la même que pour la vidéo... Ni plus... Ni moins non plus. Ci dessus rappel sur une boite de 16 mm équivalente aux avertissements sur les vidéogrammes (zoom possible). Les
formats substandards sont parfois même assimilés
par le code des impôts français à des "métaux
et objets précieux" mais il faut se méfier
d'une réglementation complexe, changeante et parfois
même contradictoire (pour le 16 mm en particulier), c'est
ce que les magistrats, eux mêmes, appellent "l'insécurité
juridique". Il faut cependant faire attention et ne pas collectionner de films en support nitrate en quantité, car c'est interdit (pour une fois à mon sens à juste titre), ni donc projeter en dehors de chez vous ou en public des films sauf : des copies tombées dans le domaine public (bien restreint en France.. attention aux ré-éditions), les films vendus à l'origine avec des droits non commerciaux spécifiques ou une autorisation particulière devenue quasi impossible à obtenir du fait des fédérations de ciné-clubs qui font barrage.. comme dans le cas de la vidéo (ni plus.. ni moins). N'oubliez pas de toute façon qu'en France, nous sommes au pays des dénonciations anonymes (de 3 à 5 millions entre 1940 et 1944) et que vous n'irez pas loin avec vos copies, surtout si vous rentrez en concurrence avec plus gros que vous (un cinéma de province ou un distributeur sourcilleux même avec un titre qu'il n'aura jamais et pour une séance gratuite). L'air du temps n'est plus franchement bon enfant dans ce domaine comme dans d'autres (et "judiciarisation", "pénalisation" sont les nouveaux mots que nos enfants apprendront dès la maternelle). Se
pose donc le problème de la visibilité des films
(dont la première fonction est pourtant d'être
vu) et de l'inventaire de ces collections au statut de plus
en plus ambigu (malgré la part importante de films d'éditions
équivalant statutairement aux vidéos d'aujourd'hui
et la valeur patrimoniale de beaucoup d'autres). C'est un problème
qui se pose avec aux derniers ciné-clubs
ou même à des cinémathèques comme,
pendant très longtemps, à La Cinémathèque
Universitaire à Paris. Ci dessus une très rare maquette de placement d'un ciné-palace de province (L'Eden à Cosne sur Loire). Ce type d'objet (qui appartient au collectionneur Bruno Bouchard voir le lien cinéma) a presque complétement disparu. Beaucoup de cinémathèques rechignent à montrer ou à prêter leurs copies argentiques. La logique de la conservation s’oppose de plus en plus souvent à celle de la communication des œuvres. Alors qu’une certaine cinéphilie traditionnelle disparaît et que les cinémathèques se transforment, que va-t-il rester de la possibilité de voir certains films ? En particulier dans le cadre du passage au numérique dont les catalogues serront forcément assez pauvres en films anciens pendant longtemps. Des distributeurs ne cherchent même plus, et depuis quelques années, à diffuser leur propres films pour des programmations ponctuelles dans des festivals par exemple... C'est "compliqué et pas assez rentable".
La loi et les règlements qui visent à protéger l’intérêt des ayants-droit des films peuvent aussi, dans de nombreux cas, rendre les films invisibles. Si l’on peut comprendre la logique de fond des limitations à la liberté de diffuser des contenus audiovisuels, il n’en demeure pas moins que cette restriction de l’accès à la culture est ambivalente sur le plan de l’intérêt des œuvres elles-mêmes dont la raison d’être est d’être connue et diffusée. Demander pas moins de 800 euros de droits pour la diffusion, en "non commercial", dans le cadre d'une cérémonie de mémoire... pour 7 secondes d'un film de 1919 (je sais de quoi je parle)... aboutit à ce qu'on ne puisse voir ces images (bien que le désir en soit très fort (dans de petits ciné-clubs par exemple)).
Dans un autre registre, les prix des objets de cinéma ont flambé ces dernières années : les affiches, les carters, les projecteurs, les films en Super 8, les scopitones etc. ont vu leurs prix carrément doubler (avant de redescendre un peu à partir de 2010). Il y a certainement plusieurs raisons à cela : la raréfaction du matériel qui vieillit, l'élargissement de la clientèle via Internet aux "Bobos" (qui ne sont pas toujours regardant sur les prix), le passage à l'Euro et enfin la logique spéculative de beaucoup de "marchands". Malgré tout cela nombre de collectionneurs de films résistent encore (et sont peut-être encore 1000 ?! parmi les 100 000 collectionneurs français de cinéma (que rencençait, il y a déjà une décénnie, une étude de la documentation française). Ils ont encore envie de conserver du support film argentique pour faire fonctionner leurs appareils de cinéma et possèdent parfois de vraies musées !
Ci dessus un petit film sur ma visite avec d'autres amis collectionneurs chez Jack qui projette toujours à l'Arc. [Juste une précision sur la nature de la captation - Il s'agit au départ d'une vidéo "témoin" (avec des images assez sous exposées et furtives mais je pense intéréssantes sur le plan de la technique en attandant de nouvelels images)]
Puisque nous sommes encore nombreux, nos ressources cumulées valent pourtant peut-être celles de la Cinémathèque française! Dans un sondage que j'ai effectué pour ma thèse (fin 2005 - début 2006), 1/3 des collectionneurs consultés déclarent une collection de plus de 100 films de long-métrage même si l'âge moyen du collectionneur de films français est assez avancé avec, pour l'ensemble des personnes interrogées début 2006, une moyenne d'âge de 60 ans. Dans
une semi illégalité, certains particuliers disposent
de collections importantes tant sur le plan de leurs volumes
que parce qu’elles sont souvent constituées de films
« à la marge » du système en 16 ou 35mm. Ils disposent
ainsi parfois de titres délaissés par l’édition
vidéo, ou absents chez les institutionnels chargés
de collecter les copies ou encore dont les ayants-droit n’ont
voulu conserver leurs films après leur exploitation initiale.
Alors à qui la faute !? Les collectionneurs privés
ont un rôle à jouer en étant bien souvent
moins élitistes dans leur démarche que les cinémathèques
officielles et en stockant (donc en préservant) des films
le « tout venant », c’est-à-dire de permettre
de sauver des films qui manqueront peut-être aux cinémathèques
du futur. Sur le plan des formats, même si le 16 mm est encore le plus répandu avec 90,5% d'équipés (non exclusifs ou pas), certains particuliers sont les seuls à posséder en nombre certains formats rares (17,5mm, 22mm, 28mm etc..) et sont capables de les projeter. 71,7 % des sondés possèdent plus de 5 appareils et l'un même 1000 ! Dans mon sondage, le 35 mm est en fait assez courant avec 44,6% de collectionneurs d'équipés dont certains nouveaux entrants de manière exclusive. Ci dessus un des projecteurs 35 mm à Arc en service dans la grande salle privée (en vidéo plus haut) qui est un ancien ciné-palace qui a eu jusqu'à 650 places. (zoom) Que cela soit pour les films mais aussi pour le matériel technique (projecteurs), nous allons devenir des témoins de cette époque en passe d'être révolue, celle du Cinématographe, "le vrai", sur support photochimique. Par ailleurs nous pouvons nous réjouir de la longévité de la capacité opérationnelle des projecteurs et des caméras de cinéma. Leur rusticité permet généralement de les utiliser plus de 50 ans là où une quinzaine d'année est un grand maximun pour le matériel vidéo. La seule limite à l'utilisation du film est en fait la fin de la production de l'argentique (à l'instar du célèbre Kodachrome en octobre 2006) de l'incompatibilité nouvelle des nouveaux supports (nouvelle piste son cyan en 35mm), etc. L'importance des festivals de collectionneurs comme les "Les Cinglés du cinéma " à Argenteuil ou des associations (l'A.L.IC.C, Cinescopie, le Ciné-club 9,5 de France) ou encore des réparateurs (comme l'Atelier de Célestin à Montrouge) sera croissante dans les années à venir car les difficultés techniques vont devenir plus nombreuses (pour trouver des lampes, etc..). Il faudra plus encore qu'auparavant se rencontrer pour échanger (conseils et petit matériel) et sauver des films.
Il existe des associations liées à la collection de films même s'il ne s'agit que de films d'édition qui éditent des revues (parfois très érudites) ou au moins un compte rendu d'activités. Voir en liens.
III) Des conseils pratiques Bien sûr, nous ne pouvons à titre individuel généralement respecter les conditions de conservation idéales définies qui sont de pas plus de 50% (+ 10%) d'hygrométrie et 11/12°C (+2°) de température ambiante pour le film en Noir et Blanc ou entre 3 et 8°c pour la couleur dans des boites en polyéthylène (en "plastique"). L'ECPAD a ouvert en 2007 deux "poudrières" pour le stockage de ses films capables de réaliser un 35% d'hygrometrie et 3°c comme l'offrent certains prestaires stockistes. La température et l'hygrométrie étant les conditions premières du vieillissement accéléré des collections. Les spécialistes helvétiques indiquent même qu'à 20% d'humidité et 4°C, les films tiendraient 800 ans ! Sans vouloir jouer à Highlander pour vérifier, je suis sceptique. L'idéal étant simplement une cave sèche ou un grenier bien isolé (du fait des amplitudes thermiques). Le
lavage "imparfait" d'une copie au laboratoire lors
d'un tirage peut entraîner la présence de composants chimiques
comme le formol. Ils s'avéreront plus tard nuisibles à la conservation
de l'émulsion, voire même du support, sans que l'on puisse le
suspecter dans les premières années de la "vie" d'une
copie. De même, des procédés techniques "couleur",
dérivés de "lAgfacolor" de 1939 (mais
aussi surtout les plus récents), sont susceptibles de
ne pas conserver les couleurs d'un film couleur ! Alors que
celles en Technicolor d'origine tiennent très bien. En
pratique, presque tous les films en couleurs que vous pouvez posséder
sauf ceux en Technicolor n4 vireront ou sont déjà
virés (généralement) au rouge ou au "pastel". Certains films, cpeuvent rendre l'âme au niveau du support pour des raisons d'instabilité chimique (liées à l'acide acétique) via le dit "syndrome du vinaigre". Il peut être aidé par : l'humidité, une mauvaise ventilation mais aussi les changements de température (exemple la canicule de 2003 ?) et peut même ressembler à la "violence" de la décomposition du support nitrate ! Voir, ci après, le lien vers un article en ligne que j'ai écrit pour Family Movie (une société spécialisée dans la numérisation des films) . - lien externe : familymovie.fr/Histoire-Support-Argentique (sur l'entretien des films et les les menaces comme le syndrome du vinaigre qui menancent les collections)
Ci dessus une bobine de French Cancan et son syndrome du vinaigre alors que la copie était encore très belle 2 ans avant ! Même l'acier du carter est attaqué. Quant à l'odeur, il s'agit (d'où le nom) d'une très forte odeur de vinaigre. Certaines autres maladies (champignons ci dessous) peuvent aussi s'attaquer aux films et faire disparaître l'émulsion mais aussi le support lui même. Les films devront tout simplement être nettoyés de ces agents biologiques par un coup de chiffon énergique ou éventuellement, mais avec prudence, avec des produits dédiés.
Dans la série : "C'est toujours le cordonnier le plus mal chaussé", nous avons été victimes en 2005 d'une "attaque de champignons" proliférants suite à une conjonction de facteurs : surcharge, humidité liée à une cave voisine inondée, forte chaleur, mauvaise aération et probablement palettes de bois contaminées par des agents biologiques). Les sacs plastiques n'ont dans certains cas pas arrêter cette "mousse" (mérule) apparue en quelques mois mais seuls quelques photogrammes y ont laissés leur peau. Les scotchs (non cinéma) sont aussi très nuisibles car ils collent et bavent avec le temps, il vous faut des scotchs ou des colles non acides que l'on ne trouve qu'en de rares endroits. La colle film (qui n'est pas compatible avec le polyester) implique une opération plus "lourde" qui entraînera une toute petite épaisseur (saillante) et une rigidité qui peut parfois poser problème au projecteur (même si l'opération de biseautage au rasoir fait plus pro et laisse intact le photogramme). Le renforcement des collages (dont la durée de vie est aussi variable que les scotchs) demandera parfois justement un renforcement au scotch qui du même coup lissera le film. Signalons aussi qu'il existe aussi des colleuses à chaud qui soudent bout à bout les films et de petites machines spéciales (Cinecare, Cinebug) capables de réparer plusieurs métres de perforations abîmées. Ci dessus trois colleuses 16 mm , 35 mm et 70 mm (zoom possible). Les films doivent être enroulés ni trop serré, ni de manière trop lâche. Les carters doivent être droits (et pas déformés). Bien sûr, nous avons tous des copies qui ont connu une exploitation ou des locataires pas très expérimentés et sont fatiguées sur le plan mécanique par les flottements lors des passages dans le projecteur ou l'enrouleuse. Il est à ce propos très important de mettre le plus d'amorce possible au lancement car c'est là que les films s'abîment le plus. Sachez que le potentiel théorique d'un film acétate est au grand maximum de 1000 passages, ce qui laisse présager des vies bien remplies qui aujourd'hui nécessitent un contrôle rigoureux des collages. Paradoxalement, sachez que même un film rayé aura un potentiel dans le futur, grâce à la restauration numérique! Il
faudrait donc être indulgent lorsqu'on regarde un film
en argentique car sa puissance est entre les rayures et le numérique
pourra permettre d'en tirer la quintessance lors d'une restauration. Enfin certaines boites s'oxydent plus vite que d'autres (et pas forcément les plus vielles, en particulier celle de marque Fuji), voir la photographie ci dessous d'une boite qui a 20 ans grand maximum !
Il va sans dire que l'humidité est une des premières menaces. Le film peut être piqué et gravement endommagé par la rouille qui mange les boites, il faut alors les changer sans attendre. Ce n'est pourtant pas facile en 16 mm, car trouver des boites neuves en plastique à des prix raisonnables est difficile. Mettre par défaut des films en 16 mm dans des boites de 35 mm (généralement gratuites) pose le problème de l'écrasement des bobines dans les piles, car 2 bobines de 16mm avec leurs carters ne rentrent pas tout à fait dans une boite de 35 mm, ce qui est dangereux à long terme pour la copie. Contrôler régulièrement ses films semble être un réflexe utile même s'il est parfois fastidieux. Lors des changement de boites, renotez tout ce qui était noté dessus même si cela ne vous semble pas toujours utile sur le moment. Pour la conservation, le sens idéal de l'enroulement pour l'émulsion (partie mate) est lui aussi objet de discussion (nous conseillons ici l'intérieur). Pour ce qui est des recettes, comme les papiers journaux dans la boite ou l'inversion du support à l'enroulement, un film d'huile de paraffine, j'ai lu et vu des choses contradictoires sur le sujet et certains le déconseillent vivement alors que d'autres le recommandent, alors...? Dans notre cas, des films stockés avec un journal depuis 50 ans ne semblent pas s'en plaindre (et c'est sympa de retrouver le dit journal). Pour ce qui est du sens des bobines, la verticalité nécessaire aux supports magnétiques comme les K7 vidéos ne s'impose pas aux films de cinéma, généralement non magnétiques (bien que les piles trop grosses soient dangereuses). Pour les films avec des pistes sonores magnétiques, la conservation est finalement meilleure que ce que l'on pouvait escompter il y a quelques dizaines d'années. Au sujet du nettoyage des copies, le Trichloréthylène semble être le produit miracle (d'autant que très volatile, il ne restera pas sur vos films) mais chacun à sa petite recette allant de la bave ! en passant par l'incontournable paraffine etc. L'usage du trichlo est aussi recommandé pour les appareils avec l'alcool à 90° mais sont proscrits l'alcool à brûler et l'acétone (même si ce dernier produit à parfois un usage, sous fomes de vapeurs, pour "détendre" le nitrate). et l'alcoll à bruler en fine couche dans certaines configuatiopns pour le film . Il existe cependant des produits spéciaux en vente sur internet comme le « Vitalfilm » ou « Film Nettoyeur ». Le site très intéréssant site Internet Super 8 Bauer Nizo propose des produits à la vente cet un ami sellier tapissier vend le petit velour noir qu'utilise beaucoup d'établissements comme Ciné-Archives ou les prisons de femmes qui travaillent pour l'I.N.A de même que les prestataires privés spécialisés en france ou délocalisés à l'étrnager (en raison du temps de traitement et la main d'oeuvre nécéssaire). Rappelons
également quelques généralités comme : le fait que
le son (optique) correspondant à l'image est à
26 images en dessous en 16 mm et 20 en 35 mm ou que les codes
Eastman-Kodak sous forme de symboles (carrés, ronds,
croix etc..) en travers du film à coté du "Safety"
permettent de dater la copie dans un cycle tout 20 ans entre
1922 et 1981 puis chaque année avec un code à
trois symboles depuis 1982 (rond, carré et X).
En ce qui concerne le stockage du 35 mm, (que sur la base de mon sondage un collectionneur sur deux possède) la question est plus complexe car l'encombrement est maximal (25kg pour 1 seul film). La tendance est chez les collectionneurs pour des raisons opérationnelles, de ranger ses films en 2 bobines de 1800m sans carter mais les risques que le film se déboîte sont importants et le stockage vertical est indispensable. Sur le long terme, il semble aussi que le stockage vertical par définition sur une faible surface de contact au sol est nuisible sur le plan de la pression qui entraînera une déformation. En général, les centres d'archives audiovisuelles que j'ai visités comme La cinémathèque Robert Lynen (de Paris) ou la Cinémathèque française (au fort de St-Cyr) rangent leurs boites de 16 mm dans le sens vertical (bien que le sens horizontal soit plus logique et dans les recommandations des spécialistes). Le 70 mm (hé oui... ça fait rêver !) de la Cinémathèque française est lui dans de très grosses valises en métal dans le sens vertical (sauf les films soviétiques dans leurs boites d'origine à plat). Certains laissent le film dans ses boites d'origine (comme les pros), ce qui demande plus de temps pour le monter et le passer. Une bonne solution (mais plus complexe et coûteuse) est de bricoler des boites de rangements en bois pour bobine de 1800m avec une poignée pour la transporter plus facilement (mesures 62x62x5 cm (avec des parois de 0,5 à 1cm). Enfin, au sujet de votre salle, pensez d'ailleurs, même chez vous pour votre famille et vos amis à indiquer les issues de secours (si possible 2), posséder des extincteurs à jour ainsi qu'une installation électrique aux normes avec maintenant un détecteur de fumées. Ci
dessus une bande vidéo magnétique deux pouces
au CNDP.
Conclusion
: - Le numérique est l'avenir de la conservation des images et des sons, mais comme toutes nouvelles technologies, il doit être rodé, au risque de ne plus pouvoir voir les films dans les conditions originales de qualité. Le meilleur rapport de qualité image et de conservation en haute définition des images animées est toujours le support "photochimique argentique" 35 ou 70 mm, en attendant une évolution vers un réelle amélioration du rapport qualité technique de l'image / facilité de lecture de cette "qualité cinéma" par des supports numériques au même niveau que le film. Les organismes officiels nous ignorent et nous méprisent (généralement), les éditeurs vidéos (surtout les plus importants) ne veulent que des titres qui "marchent" et font parfois jouer la corde de la répression... mais aidons les quand même par amour des films et du Cinématographe à conserver les films. De manière ambivalente, la distribution numérique change, à mon sens, positivement la donne en favorisant un mode de distribution UNICAST « à la demande » (en VoD, etc.) selon la logique dite de la « long tail », qui rendra rentable ou au moins « consommable » n’importe quel film même le plus pointu des documentaires… du moment qu’il peut encore être… numérisé ; ainsi, même le film institutionnel redevient « un actif » pour un site Internet vitrine.... Du moins en théorie. Au-delà de la seule dimension patrimoniale de ces collections, elles pourraient devenir des relais par exemple pour des besoins programmatiques ponctuels alors que la diffusion des films va de plus en plus s’effectuer sous la seule forme numérique, ce qui risque d’exclure les trop nombreux films non rentables à numériser. Cela
étant que les exploitants ou les distributeurs de cinéma
se rassurent, je ne veux en aucune manière favoriser
une exploitation commerciale ou même publique des films
de collectionneurs (du moment qu'il sont l'objet d'un droit
d'auteur) en dehors du système, ni être une bourse
d'échange de films (il y a des sites pour ça)
et suis encore moins un "marchand" (donc pas la peine
de m'écrire pour des estimations de projecteurs ou de
films, etc.). Bien que les collections privées de films ne stimulent pas la curiosité (chez les universitaire et certains profesionnels), il faut renouer les liens, au plus vite, après des décénies de ruptures entre amateurs et professionnels de l’archive de cinéma même si cela ne pourra se faire que dans un climat assaini en qui concerne la question du droit. J’essaye donc, dans un pays comme vous le savez très fier de son patrimoine et sûr de lui-même, de sensibiliser les personnels des centres d’archives institutionnels, ou des chercheurs à des ressources méconnues dont le potentiel est jugé trop souvent et « a priori » sans grande valeur. Dans le cadre de ma recherche doctorale, j'ai, par exemple, initié une première "Rencontre entre les collectionneurs privés et les centres d'archives cinématographiques" à la Cinémathèque française du samedi 12 janvier 2008 et j'espère que les bonnes résolutions prises, de part et d'autres, de rétablir le contact seront suivies d'effets. Outres les articles de Infos-Ciné, un compte rendu par la B.I.F.I : http://www.bifi.fr/public/ap/article.php?id=246 Une seconde rencontre a eu lieu le 28 mars 2009 toujours à la Cinémathèque française. Ci après la très bonne synthèse sur son site : http://www.bifi.fr/public/ap/article.php?id=299 Ci après un lien vers ma page de mes activités profesionnelles liées au sujet (enseignement, conférence et recherchiste de films ou consultant y compris sur le sujet des fonds d'archives via une plaquette dédiée) et vers deux sites partenanires cinedepapa.com (pour des animations et expositions) et normandprod.fr (pour de la numérisation de films). Continuons
donc à collectionner du film argentique, des projecteurs
etc. aussi parce que ce sont de beaux objets ! Les images que
l'on projette avec un projecteur de cinéma, même
depuis une copie fatiguée sont les ombres réelles
des photons de lumière qui ont ricoché sur les
acteurs. Des revues associatives existent en France pour les passionnés de la collection en argentique comme Infos-Ciné (organe de l'A.L.I.C.C auquel je collabore depuis le n°63 d'avril 2006), Cinescopie et celle du Cine-club 9,5 mm de France. Que vive le cinéma ! Ne jamais jeter un film... c'est un sacrilège ! Je
tiens à vous rappeler ici que vous pouvez déposer
vos copies à la Cinémathèque française
tout en restant leur propriétaire (ce que j'ai moi même fait pour des films en 35mm). La Cinémathèque
vous offre sa garantie que vous pouvez, à tout moment,
récupérer vos films et qu'ils seront conservés
dans des conditions idéales.
Ci dessus ma pomme (Batfred) en vacance chez Jeannot (voir les pages sur la collection) vers 1997. Au fond un projecteur 35 mm National, au centre le 16 mm professionnel Fumeo (optique / magnétique), à droite le cube gris est un vidéo projecteur Tri-LCD Sony et au premier plan, la "valise" est un projecteur Hortson portable 16 mm (très courant) bien adapté aux films fragiles. Si vous aussi vous
êtes un collectionneur de films, un cinéphile
etc.. Retour vers Batfredland Cinema / Cinematographe.org |